septembre 2009 - XNoir

Six pieds sur terre

On ne peut pas toujours boire, ripailler et rigoler. Parfois, il faut se pencher sur des choses sérieuses. C'est le jour ! Tant pis pour vous. Outre le DVD d'un documentaire, j'ai reçu il y a quelque temps les épreuves d'un livre qui va sortir le 3 octobre sur les Déchets, cauchemar du nucléaire (18 €, éd. Seuil/Arte). C'est le résultat d'une enquête réalisée par une collègue journaliste et blogueuse, Laure Noualhat, qui bosse notamment pour Libération (Six pieds sur terre, c'est le nom de son blog). Evidemment, c'est toujours très méritoire de s'attaquer à des sujets pareils et je suis très admirative. Heureusement qu'il y a Arte pour soutenir des travaux pareils. Mon frère, qui travaille dans la déconstruction nucléaire, me dit que c'est une enquête sérieuse. Et puis nous avons suffisamment de centrales nucléaires dans le Val de Loire pour considérer ce problème avec un minimum d'intérêt, non ? Bref, je vous laisse juges et je voulais juste faire un peu de buzz autour de cette enquête-événement, un peu comme le fut celle de Marie-Monique Robin sur Monsanto.
Le documentaire sera diffusé le 13 octobre, sur Arte, à 20 h 45. OK, vous allez rater Desperate Housewives, mais vous vous en remettrez ! Si c'est inenvisageable, achetez le DVD (sortie le 6 octobre) !

Photo : Coucher de soleil sur la Loire, à deux pas de la centrale nucléaire de Chinon. Reprise sur le blog de Laure Noualhat, cette phrase de Jean Rostand : "l'obligation de subir nous donne le droit de savoir".

Vent d'anges

Ça vous est forcément arrivé : une soirée prometteuse qui vire au désastre. Ben moi, c'était hier. Et mon saumur blanc du lieu-dit Les Pouches, bien que fameux sur ma salade de thon blanc à la coriandre, n'a pas suffi à me rasséréner.
Pour tenter de me réconcilier avec la sérénité, je suis allée marcher cette après-midi dans les vignes de Rochecorbon, au soleil, caressée par une brise légère relativement consolante. J'ai longé un ruisseau à l'écoulement rassurant, contemplé les prairies dans le petit val qui vient buter sur le coteau, traversé le vignoble opulent avant de redescendre dans le village, coquet. Au retour, croqué mes grains de muscat gorgés de sucre, comme ma poire williams. Les bars sont fermés, ma rue est anormalement calme après le passage des coureurs des 20 km de Tours, qui ont sué sang et eau ce matin. Envie de fuir à nouveau. C'est la saison des pommes : "Big Apple" m'attend. je vais lui ouvrir mes bras grand, très grand, et me saisir d'une échelle.

Photos : Potager coquet, petite rivière et coteau truffé de troglos, un des mes paysages favoris dans le Val de Loire (ici, à Rochecorbon, près de Vouvray). Les vignes dans les starting-blocks, aujourd'hui, sur la rive droite de la Loire.

Monochromes et camaïeux

Hier, j'ai passé une soirée délicieuse à Chaumont-sur-Loire. Je n'avais pas encore visité le Festival des jardins, cette année, et je n'ai pas regretté d'avoir attendu. Après une virée à vélo jusqu'à Candé-sur-Beuvron, le long du fleuve et de la rivière, nous avons donc arpenté les jardins de couleur (thème de cette année), de jour, puis de nuit, devant une moitié de lune rousse qui avait l'air penché. Et ce fut magique. Les jardins vus de jour prennent une tout autre physionomie de nuit sous l'effet des Leds. Je ne vous parle même pas des lucioles, ces petites loupiotes solaires qui s'illuminent dans les cèdres et autres arbres du magnifique parc du château.
Chaumont, je ne m'en lasse pas. C'est la quintessence du Val de Loire, le fleuron de la région Centre, à la frontière du Loir-et-Cher : un très beau château, un rassemblement de jardins conceptuels parmi les plus beaux du monde, une gastronomie fine (ah, les madeleines aux pépites de chocolat, les jus frais aux parfums improbables : tomate-menthe-hibiscus, carotte-curry…), de bons vins (hier, en l'occurence, de fines bulles de Touraine, Ackerman me pardonnera) et un panorama fabuleux sur la Loire, bordée de forêts riveraines habitées par les castors. Rien que d'y penser, j'ai le coeur léger et je ne regrette pas d'avoir jeté l'ancre entre Saint-Nazaire et le mont Gerbier-de-Jonc.

Photos : Trois des vingt jardins du Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, de jour ou de nuit. Que du bonheur à toute heure !

Le cours ordinaire des choses

Quelle ne fut pas ma surprise, hier matin, d'entendre la voix de Jean-Louis Murat, sur France Inter. Ajoutée à celle de Pascale Clark (la pauvre, quelle épreuve, interviewer Murat), ça donnait deux belles voix à l'antenne. Murat, maussade et bougon comme à son habitude, a été désagréable, comme à son habitude, bien que content d'être là (on peine à le croire). Contraint et forcé de faire la promo de son 21e album (eh oui, déjà), Le cours ordinaire des choses, Murat voulait un café, Murat voulait réfléchir avant de répondre à la journaliste, rompue à l'exercice, Dieu merci pour elle. Bref, du grand Murat, l'Auvergnat le plus grincheux de la planète.
Pourtant, j'aime bien Murat. Je ne l'écoute plus parce que ça me rappelle trop de souvenirs, mais j'aime bien ce type-là. C'est joli, comme titre, "Le cours ordinaire des choses". Ça sent la vie qui passe, comme le cours d'un fleuve, tantôt en crue, tantôt à l'étiage, tantôt agité, tantôt paisible. Parfois, on ressent le besoin de remonter à la source. Parfois, on préfère aller vers l'estuaire, sentir les embruns. Le Ligérien se situe entre les deux et j'aime bien ne pas avoir à choisir. Je déteste faire des choix mais c'est ça, le cours ordinaire des choses. La vie n'est faite que de choix, plus ou moins heureux, plus ou moins désicifs. Et pour reprendre une citation de Calderón que j'aime bien : "Le pire n'est pas toujours certain".

Photo : Le cours ordinaire de la Loire, samedi dernier, à La Chapelle-aux-Naux. Ce week-end, la marine fluviale fera l'objet d'un grand rassemblement à Orléans, en plein Festival de Loire (démonstrations de halage, d'éclusage, de tirage de sable…).

Coup de soleil, coup de sommeil…

J'ai attrapé un coup de soleil. Ça ne vous rappelle pas une chanson ? Mais si, le gars à la voix éraillée ! Spéciale dédicace à Faustine, qui prétend que cette chanson rend amoureuse. Personnellement, je n'ai jamais cessé de l'être, mais ça, c'est une autre affaire… Si vous avez une chanson qui rend indifférente, teigneuse et dragueuse, je suis carrément preneuse !
Hier, c'était un coup de sommeil. J'ai assommé mon réveil quand il a sonné… et j'ai émergé à 9 h 50. Pas de billet pour le blog, du retard dans mon travail, des visites plaisantes…, j'ai fait ma grosse feignasse, c'est mal. Et c'est pas la météo qui va m'aider. Ce midi, Faustine m'a invitée à prendre un café en terrasse du Tourangeau, où l'ennemie ne s'affiche plus. C'est là que j'ai attrapé un (léger) coup de soleil. La prochaine fois, s'il y a de l'orage, qui sait, j'attraperai peut-être un coup de foudre ? On contemplait la vitrine de la chapellerie Brun (une irrésistible boutique qui grince où j'ai acheté mes nouvelles mitaines, hier) en se disant que les mannequins étaient bien les seuls à être emmitouflés de bonnets et d'écharpes en laine. Une chance, dans le bouquin sur lequel je travaille actuellement, j'écris sur la mer, les vagues… Ça me rafraîchit avant mon escapade à New York, la semaine prochaine.
En attendant Manhattan et Central Park, ce soir, c'est qi gong sur l'île Simon avec ma petite troupe de gorilles ("King Kong sur l'île Simon", dixit Pierre-O, qui est d'humeur badine, aujourd'hui), puis dîner chez Sophie. On va encore profiter du jardin… et de ses bons vins.

Photo : Coup de soleil sur une grappe de pineau d'Aunis, THE cépage d'X Noir. En parlant de grappe, je me suis acheté un succulent muscat des Baronnies au marché, ce matin. Rien que pour ma cure de raisin, je bénis le mois de septembre !

Coucourdes et lupanar

Il y avait 15 600 sites ouverts aujourd'hui, en France, pour les Journées du patrimoine. Avec Marie et Fred, nous avons choisi un lieu insolite de Tours : l'Etoile bleue. J'étais déjà passée par hasard devant cette façade singulière, pas très loin de chez moi, sans savoir qu'il s'agissait de la dernière maison close de la ville. Fermée en 1946, elle fut laissée à l'abandon jusqu'en 1978. Il fut alors question de la raser pour rénover le quartier et, contre toute attente, c'est le maire de l'époque, Jean Royer, pourtant connu pour sa morale irréprochable, qui contribua à sauvegarder ce monument quand la Jeune chambre économique décida d'en faire son siège. Bref, pas obligé d'attendre un an : ça se visite sur demande et les fresques, plus ou moins coquines, valent le coup d'oeil !
Avant cette virée patrimoniale, nous n'avions pas manqué de faire le dernier saut de la saison à la guinguette et au marché bio, où Fred a fait honneur au porcelet rôti. Marie a préféré la crème au safran de Touraine. Quant à moi, j'étais encore calée du dîner de la veille au BarJu, la nouvelle adresse dont tout le monde cause dans mon quartier. Et pour cause : une page dithyrambique dans l'Express de la semaine dernière ! La cuisine marine de Julien Perrodin, qui fit ses armes chez Bardet, Gagnaire et Roellinger, est effectivement originale et succulente. Je ne vais pas vous énumérer nos agapes, mais Marie a savouré sa daurade servie sur un galet brûlant avec des cocos de Paimpol bien mitonnés (elle n'a pas bien digéré le galet, bien qu'elle partage sa vie avec un tailleur de menhir finistérien !), et j'ai beaucoup apprécié le millfeuille à la vanille de Madagascar (à force de bloguer, j'avais oublié l'existence des feuilles, alors mille d'un coup !). On a arrosé ces délices iodées d'un quincy friand. Quant aux tempuras de gambas et de crabe que j'avais pris en entrée, avec le chutney de tomate, ils auraient été parfaits avec un X Noir bien épicé… Et que les restaurateurs en prennent de la graine : quand on ne finit pas sa bouteille au BarJu, on peut la remporter chez soi.

Photos : Cucurbitacées de saison au marché Convergences bio, quai de la Loire. La façade de l'Etoile bleue, qui fut le plus grand lupanar de Tours. Ne voyez aucun lien équivoque entre ces deux images…

Du patrimoine en veux-tu en voilà

Autant vous le dire tout de go, je ne sais pas par quel bout commencer. Il y a tellement de choses à faire, ce week-end… Déjà, j'ai Fred et Marie qui ont déboulé, mais ça, vous vous en foutez. On voit que ce n'est pas vous qui les abreuvez, qui les nourrissez. Un Breton et une fille du Nord, je ne vous fais pas de dessin… Enfin, on a les amis qu'on mérite !
Je ne vais pas vous faire le programme des Journées du patrimoine par le menu non plus, car il y a pléthore de sites à visiter dans notre vallée des Rois (rien qu'une cinquantaine dans le Saumurois). Personnellement, avec les dits amis (qui sont analphabètes à leurs heures perdues), on va faire dans le décalé, mais je vous dirai plus tard où on est allés : ça fera moins de monde à faire la queue !
Le drame du week-end, en revanche, c'est que la guinguette va fermer ses portes. L'expression n'est pas très bien choisie, pour un bar au grand air, mais c'est bien le signe que l'été est derrière nous. D'ailleurs, mon frère me fait du petit bois pour ma future cheminée, c'est vous dire… Comme l'an passé, Convergences bio clôturera ce bon millésime de Tours-sur-Loire (c'est le nom de la guinguette en question). C'est THE marché bio de l'année, avec le chef Bernard Charret (Slow Food) et compagnie. A cet égard, je vous conseille de bloquer votre week-end du 27 novembre, d'une part parce que je déménage, donc j'aurai besoin de main d'oeuvre pour porter les cartons d'X Noir, d'autre part parce que c'est Euro Gusto. Pour une fois qu'il y a un événement d'envergure international en Touraine (je parle d'Euro Gusto, pas de mon déménagement…).

Photo : Autre événement du week-end, en Touraine du Sud, l'ouverture du musée de la Préhistoire du Grand-Pressigny, un bien joli village.

Maturité et plénitude

Ça y est, j'ai froid. Des mois que je n'avais pas ressenti ça. J'ai remis ma peau de bête et enfilé mes chaussettes, direction Thoré-la-Rochette. C'est dans le Vendômois, fief du pineau d'Aunis, qui, pour ceux qui n'auraient pas suivi, est le cépage d'X Noir. Sur les quelque 400 hectares de pineau d'Aunis que revendique le Val de Loire, 150 à 180 se situent dans la vallée du Loir. Vincent Augis, l'un des viticulteurs qui travaillent pour Ackerman, possède le plus gros encépagement du Vendômois en pineau d'Aunis et pas moins de neuf cépages différents ! "Le pineau d'Aunis est parfaitement adapté à notre région et représente 40 % de mon exploitation", précise Vincent, jovial, qui regrette que la moitié des vignes de pineau d'Aunis aient été arrachées dans les années 1980. Aux Colasses, la parcelle où nous nous trouvons, 1,5 ha de pineau d'Aunis ont été plantés en 1992 sur de l'argile à silex, gage de minéralité. "C'est ma troisième vendange pour Ackerman, poursuit Vincent. Le pineau d'Aunis est un cépage facile à cultiver, facile à palisser, facile à tailler par rapport à un sauvignon (2 rappels et une baguette, pour les connaisseurs !), mais l'inconvénient, c'est qu'il peut donner beaucoup certaines années, et moitié moins l'année suivante, sans raison particulière !".
Autre avantage, ce vieux cépage ligérien est peu sensible aux maladies. "Cette année, il est au rendez-vous tant sur la qualité que sur la quantité", se félicite Vincent. Mais comme le pineau d'Aunis fait de grosses grappes, la maturité n'est pas toujours homogène. D'où l'importance de bien le goûter avant de trancher sur la date des vendanges, prévue dans le cas présent pour la fin de la semaine prochaine ou le début de l'autre.
Sous son costume branché rose et noir, X Noir contribue, l'air de rien, à maintenir un cépage qui aurait peut-être fini par disparaître. Vincent en convient… et surtout, l'apprécie aussi dans son verre ! "Je le sers souvent en dessert et je le fais goûter à mon entourage. Certaines personnes sont désarçonnées par son côté épicé, mais c'est aussi pour ça qu'il plaît." Le pineau d'Aunis a donc encore de beaux jours devant lui. On en a même replanté 3 hectares dans le Loir-et-Cher, cette année.

Photo : Vincent Augis, viticulteur, dans son vignoble, à Villiers-sur-Loir. On a goûté les raisins ensemble : encore un peu d'acidité avant la pleine maturité, mais déjà une certaine plénitude qui fait plaisir à voir !

Mobilité érudite

Debout là-dedans : Bougez autrement ! C'est reparti comme chaque année, la Semaine de la mobilité et de la sécurité routière vient d'être lancée jusqu'au 22 septembre. Aujourd'hui, c'est la Journée du transport public dans toute la France. Les détracteurs de la taxe carbone vont boycotter ! A Tours, on n'a pas attendu les injonctions du ministère pour développer un moyen de transport zéro carbone (mais pas zéro crottin). En traversant le pont Wilson, hier, pendant les embouteillages (notion très relative dans nos contrées), je contemplais avec amusement la calèche de Fil Bleu. Elle circule surtout dans le centre historique (pas le lundi et pas à toutes les saisons, certes). N'empêche, elle est accessible gratuitement à toutes les personnes en possession d’un titre de transport Fil Bleu. Sinon, le ticket est vendu par le cocher (1,25 € la course !). On a aussi Vélociti, des parkings relais et du covoiturage. Bref, je ne vais pas vous faire l'article, on va me traiter de chauvine et il y a plein de choses bien ailleurs dans le Val de Loire.
Mais soyons concrets. Jeudi, je refais mon stock chez Ackerman, près de Saumur. En ville, je ne vais pas trop pousser ma Twingo : vous n'êtes pas sans savoir qu'une conduite agressive peut augmenter la consommation de carburant jusqu’à 40 %, soit 4 € de dépenses inutiles et 7 kg de CO2 pour 100 km (pan pan : taxe carbone !). Sur l'A 85 (à moins que je ne prenne la levée, ça consomme moins), je vais m'efforcer de réduire ma vitesse de 10 km/h : et toc, 5 litres de carburant économisés et près de 12 kg de CO2 si l'envie me prenait de pousser jusqu'à Jurançon (soit quelque 500 km de route). Revenons à mon stock de X Noir. Je ne chargerai pas trop ma voiture : 100 kg de plus c’est 5 % de consommation supplémentaire !
Cela étant, pour ce que j'appelle la "semaine de la mobilité érudite" (couplée avec les Journées du patrimoine à venir), rien ne vaut la marche à pied. Les coteaux-de-la-loire l'ont bien compris, qui proposent dix randonnées des coteaux de la Loire dimanche 20 septembre : parcours dans les vignobles d’Anjou et de Saumur à pied, donc, mais aussi en VTT. A l’arrivée, les vignerons feront découvrir aux randonneurs l’AOC anjou-coteaux-de-la-loire. Un carburant comme un autre.

Du vent dans les voiles, du chant dans les bars

Depuis le TGV qui me ramène de Dunkerque à Paris, j’aperçois d’insolites montagnettes qui cassent le plat pays des Flandres : des terrils recolonisés par la végétation. J’ai passé la journée à visiter la ville sous l’angle du développement durable : sa Maison 3D (Dunkerque Développement Durable), pédagogique et ludique, pour initier les jeunes à ces problématiques ; le Plus (Palais de l’univers et des sciences), un bel équipement qui sera inauguré le 10 octobre ; la Maison éco, un prototype de maison bioclimatique économe en énergie, construite dans la perspective d’un écoquartier…
Il faisait grand beau sur le bassin du Commerce et j’ai siroté mon kir bulles face à un trois-mâts devenu musée. Il pleut depuis Arras et le ciel est en acier. Heureusement, je dîne chez Jérôme (le photosapiens) et je compte sur la bonne cuisine de Christelle pour oublier cette météo automnale. Même pas pris de vêtement chaud. Hier, en pédalant jusqu’à Vouvray avec Pierre, j’étais encore en tee-shirt malgré le fort vent d’est qui nous ralentissait.
Tiens, hier soir, à l’hôtel (propice aux soirées télé débiles, en général), j’ai vu un truc marrant sur France 3 : une initiation à l’opéra dans un bar d’Angers sur l’initiative d'Angers Nantes Opéra. Ce même spectacle se déroulera dimanche 27 septembre, à Bouchemaine, Chez Noé (où j’avais justement dîné avec Jérôme, face à la Maine : un beau site), à 17 h, puis dans certains cafés de Saumur, du 30 septembre au 4 octobre. Je connaissais les chansons à boire, mais l’opéra au bar…

Photo : Le bassin du Commerce, à Dunkerque, une ville sympathique, qui bosse dur sur le développement durable. La photo est prise depuis la terrasse du Corsaire, une bonne table installée dans l'ancienne station météo, bâtiment classé. Sa réputation est fondée… ça n'est pas du vent mollissant !

Rien de personnel

J'ai passé une drôle de semaine, sans transition entre le vase clos, paisible et studieux d'Arc-et-Senans et les déconvenues professionnelles, qui, par un effet d'acharnement statistique que je ne m'explique pas, ont tendance à se concentrer sur le même jour. Heureusement qu'il y a eu la pause d'hier soir grâce à l'anniversaire de Julie… fille de caviste et joyeuse luronne.
Hier matin, avec Marie, nous sommes allées voir Rien de personnel en avant-première : un premier film dur sur la mécanique diabolique de l'entreprise, où Darroussin et Podalydès jouent merveilleusement bien, comme d'habitude. C'est lucide, implacable, construit avec rigueur et singularité, et heureusement, par une astucieuse pirouette, ça se termine sur une note d'espoir. Il y a unité de temps et de lieu. C'est l'histoire d'un exercice de "coaching" (quel mot affreux) d'un grand labo pharmaceutique, autour d'un cocktail, donc on y boit beaucoup : des bulles et des pas bulles !
Je retourne au ciné ce soir et j'espère que le dernier Christophe Honoré, Non ma fille tu n'iras pas danser, sera plus léger. En attendant l'heure bénite où je m'enferme dans une salle de ciné, je feuillète les trois livres que j'ai achetés cette après-midi à La Boîte à livres. Trois ouvrages fondateurs de la pensée écologiste qui viennent d'être réédités : Vers l'écologie profonde, d'Arne Naess (un philosophe norvégien), Printemps silencieux, de Rachel Carson (préfacé par Al Gore) et La planète aux pillages, que Pierre Rabhi nous a conseillé vendredi. La légèreté, ce sera pour après.

Photo : X Noir, grand absent du cocktail cynique du film Rien de personnel.

L'édifice de Pierre

Pierre Rabhi donnait une conférence à Tours, ce soir, et je suis allée l'écouter religieusement avec Marie. Je connaissais déjà plutôt bien le parcours atypique de cet agroécologue humaniste, dont j'ai notamment lu Graines de possibles (des entretiens croisés avec Nicolas Hulot), un joli titre qui résume bien l'utopie qu'il défend sous cette non moins jolie formule de "sobriété heureuse". Avec Marie et Faustine, nous avons d'ailleurs visité l'une des "oasis d'autonomie" qu'il a contribué à faire sortir de terre, Les Amanins, dans la Drôme.
Pierre Rabhi, qui est aussi un brillant orateur en costume-sandales, a le sens de l'humour et de l'anecdote. Il nous racontait que sa mère adoptive, bourguignonne pur jus (dixit), tournait au mercurey car l'eau la ballonnait. Elle est morte centenaire, non loin de chez son fils, en Ardèche, où elle continuait à préférer le vin de Bourgogne aux crus locaux. La morale de l'histoire, c'est que non seulement le vin conserve, s'il est consommé raisonnablement, et que même avec un fils agroécologue, qui consomme local, on continue à privilégier son terroir d'origine. C'est ainsi. Alors, concitoyens ligériens, foin de la mondialisation, buvons les vins du coin !

Photo : Un détail de mur extérieur autoconstruit, aux Amanins (Drôme).

Petit animal dans un contenant

Ça pourrait être le titre d’un livre un peu branchouille. Mais c’est juste le titre de transport de mon chat. Plus précisément, c’est écrit « petit animal jusqu’à 6 kg dans un contenant ». Une chance que le contrôleur n’ait pas de balance, car Apollo pèse plus de 7 kg, qui plus est lorsqu’il a séjourné au Mans. Pas à cause des rillettes, non, mais parce que ma mère cède à tous ses caprices, et il le sait bien. J’ai donc quitté le Doubs, ses divines carottes râpées, son morbier et son comté. Nous avons failli rater le TGV à Dijon parce que le chauffeur du car ignorait qu’il devait venir nous chercher à la Saline. C’est énorme et ça s’est joué à moins une… La chance tournerait-elle enfin en ma faveur ? Force est de constater qu’à l’heure qu’il est, je sillonne ma campagne sarthoise de nuit (ça sent l’automne), en TER, et on s’arrête dans tous les bleds.
Je ne suis pas près d’oublier le buffet régional pantagruélique d’hier soir : saucisse de Montbéliard (ça, c’est pour faire plaisir à Jérôme), carottes râpées au curry, dont nous avons (curieusement) abusé en toute impunité, gigot d’agneau (j’ai mangé la souris), plateau de fromage à défaillir, profiteroles et Tatin, le tout arrosé de très bons vins du coin.
Comme j’ai bien conscience de négliger le Loir-et-Cher dans mes pérégrinations ligériennes, j’en profite pour rendre hommage à une manifestation qui se déroulera dimanche prochain à Boursay, dans le Perche. Il s’agit du 18e Marché bio, où pas moins de 60 exposants sont attendus. C’est l’occasion d’y découvrir toute une gamme de produits sains et de rencontrer les producteurs locaux (légumes et fruits de saison, pains et pâtisseries, viandes, fromages, boissons…). J’y étais il y a deux ans et j’avais passé un très bon moment, plein de convivialité (évidemment, il y a une buvette bio !). On y trouve aussi des vêtements, des produits d’entretien, des stands sur l’éco-construction, avec cette année des nouveautés comme la filière bois-énergie, une librairie jardin et nature… Sans oublier la Maison botanique et son fameux Chemin des trognes, qui à eux seuls méritent le détour.

Photo (merci Xavier, pour cette image avec une drôle de lumière dans la cheminée, façon X Noir) : Je n’ai pas seulement un « petit animal dans un contenant » dans mon TER, mais aussi un petit stock de comté et de morbier pour désintoxiquer mes amis tourangeaux, en overdose de sainte-maure. Ça, la SNCF ne le fait pas payer.

Qui l’eût « cru » ?

Les viticulteurs du Val de Loire sont sur le pied de guerre. Les premières grappes du millésime 2009 vont pouvoir être ramassées. Les cépages chardonnay, pinot noir et sauvignon pour les fines bulles de Loire – crémant-de-loire, anjou et saumur, faut-il le rappeler – seront les premiers vendangés, suivis de près par le melon de Bourgogne (comprenez muscadet), autour du 10 septembre. Puis les vendanges s’échelonneront en longeant la Loire à contre courant, sur toutes les AOC, jusqu’en octobre. Le pineau d’Aunis ? Patience… C’est pour bientôt.
Selon l’Interprofession des vins de Loire, l’excellent climat printanier et l’été à son zénith laissent présager un millésime 2009 savoureux. L’ensemble du vignoble de Loire constate une belle qualité des baies, notamment grâce à une absence de pourriture et donc à l’utilisation minimale de traitements. Seul élément perturbateur de l’été : l’épisode de grêle qui a touché 300 ha en Touraine, mi-juillet. Je me souviens : ça tambourinait sévère sur mes Velux.
Les premiers prélèvements augurent, pour certains, d’un millésime se classant dans les 8 meilleures années depuis 1986. Le fruit, dit-on, est d’ores et déjà riche en arômes à la dégustation. Quant aux volumes, les vignerons de Loire les estiment comparables à ceux de 2006 et 2007, dans une moyenne satisfaisante (autour de 2 200 000 hl pour les vignobles du Pays nantais, Anjou-Saumur et Touraine).
Pendant ce temps-là, moi, je tourne toujours au vin d’Arbois. Hier soir, avec le succulent coq au vin jaune et aux morilles, on a goûté deux bouteilles de savagnin vinifiées différemment : l’une comme un chardonnay (ouillée) ; l’autre comme un vin jaune, c’est-à-dire oxydée, mais moins longtemps. J’ai aussi goûté un arbois à base de pinot noir, très minéral. A ce rythme-là, je vais finir par m’éduquer les papilles aux vins du Jura : il va être temps que je rentre pour les vendanges ! Demain : retour au bercail.

Photos : Foudres et vignes du Jura.

Une saumure loin du saumur !

Hier midi, j'ai bu de l'eau salée à 330 g par litre en apéritif, dans les salines de Salins-les-Bains. C'est proche de la saturation (un peu comme l'état de mon cerveau après trois jours d'université…). Une chose est sûre, je préfère le saumur à la saumure. On pourrait le dire autrement : j'aime pas le sel gemme !
Cela étant, la visite des salines, classées récemment au Patrimoine mondial, est fort intéressante. Depuis le Moyen Age, on y a exploité de l'eau salée enfermée à 240 m sous terre en la faisant chauffer (avec du bois ou du charbon) pour en récupérer le sel. Un procédé simple pour un processus industriel qui l'est tout autant pour peu qu'on fasse preuve d'un peu d'ingéniosité : un griau, une noria et, plus tard, une pompe hydraulique pour faire remonter la saumure. Des poêles en fer géantes chauffées où de solides sauniers récupéraient 24 h sur 24 le sel évaporé. A choisir, j'aurais préféré être un paludier guérandais… Etonnamment, on produisit l'or blanc de cette façon jusqu'en 1962, et c'est la concurrence des Frigo qui sonna le glas de cette manne locale, surtout destinée à la conservation.
Comme tout cela se passe à Salins-les-Bains, une cité thermale, nous avons bénéficié d'un bon déjeuner au casino, avec le maire himself. Les bulles ont remplacé la saumure à l'apéritif et j'ai goûté de nouveau quelques vins d'Arbois (on est à la frontière du Doubs et du Jura). J'avoue que j'ai un peu de mal avec certains blancs, mais j'ai bien accroché avec le poulsard (ou ploussard, ça sonne un peu Harry Potter), qui correspond à 80 % de l'encépagement en rouge du Jura. Je me sens bien dépaysée avec ce vignoble. J'apprends d'ailleurs que l'arbois, qui signifie "terre fertile" fut la première AOC française en date, en 1936. A l'heure qu'il est, j'essaie de recharger mes batteries neuronales au soleil d'Arc-et-Senans, avant de retourner dans la salle des tortures intellectuelles, avec mes bourreaux économistes ! AOC : âme officiellement consummée.

Merci à Xavier, de la Cité des Sciences et de l'Industrie, pour sa photo des salines.

Une université qui ne manque pas de sel

La cellule quasi-monacale que j'occupe à la Saline d'Arc-et-Senans est tout à fait à l'image de ce que je vis ici. Une sorte de marathon intellectuel qui exige autant de glucose que de sucres lents. Heureusement qu'il y a le vin d'Arbois pour faire couler ! J'ai les neurones en surchauffe, bombardés de concepts et de théories économiques que nous servent des éminences grises et des universitaires de haut vol. C'est passionnant, mais j'ai des courbatures au cerveau. D'ailleurs, je ne vais pas pouvoir m'étendre longtemps, car je suis de service demain matin (eh oui, pendant une université d'été, on cogite aussi le week-end et le X Noir n'a pas droit de cité dans l'enceinte de la Saline). Je dois présenter mon "rapport d'étonnement" sur ce qui s'est dit aujourd'hui (autant dire ce matin car j'ai quand même bien somnolé en début d'après-midi).
Blague à part, c'est un vrai privilège de pouvoir écouter des sommités sur des problématiques aussi cruciales que la crise financière, les banques, le rôle des médias, la croissance, les inégalités… Ce lieu étrange, construit au XVIIIe siècle par l'architecte Ledoux s'y prête bien. On pourrait dire Ledoux rêveur, vu le nombre de projets qu'il n'a pas finalisés. Mais la Saline royale d'Arc-et-Senans, c'est son chef-d'oeuvre, et l'ensemble du site est classé depuis juin dernier au Patrimoine mondial de l'Unesco, comme notre bon Val de Loire. On y faisait venir l'eau salée de Salins-les-Bains, laquelle était chauffée dans des poêles géants grâce au bois de l'immense forêt voisine. Cela se faisait dans deux des imposants bâtiments construits en arc-de-cercle. On appellait ça "la cuite", qui se déroulait sous la responsabilité d'un chef de cuite ! Beau métier… Justement, je suis cuite. Alors je vais traverser ce vaste espace vert que vous voyez sur la photo pour rejoindre le lit qui couine de ma cellule monacale. De quoi dégriser fissa mes cellules grises bien essorées !

Merci à Faustine et au CDT du Doubs pour la transmission de cette image (j'ai oublié le cordon ombilical de mon Lumix, donc pas d'image perso sur ce coup-là !).

Le Syndrome du Titanic

J’ai vu ce matin le premier film de M. Hulot en avant-première, et cette fois, ça n’avait rien de burlesque. Le « Syndrome du Titanic » est une parfaite allégorie de ce que ce documentaire veut illustrer : tout en fonçant vers l’iceberg, les passagers du luxueux paquebot continuaient à festoyer. Oubliez les images « ushuaïesques » qui transportent les téléspectateurs. Après avoir filmé le rêve, Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre nous montrent une réalité au ras de l’asphalte. Dure, violente, grise et bruyante. Des flux d’humains dans la cacophonie urbaine, des mégalopoles trop hautes, des échangeurs saturés de voitures, que finissent par casser des machines aux allures de dinosaures.
Si ce film n’était pas porté par Nicolas Hulot, il aurait du mal, je pense, à rencontrer son public. Il sort le 7 octobre et il va déranger, c’est sûr. Ce n’est pas du Al Gore, ce n’est pas Le Cauchemar de Darwin de mon copain Sauper, c’est bien plus que Home et ses images esthétisantes. C’est un peu tout cela à la fois. La force du film tient beaucoup au commentaire intimiste de Nicolas Hulot, que d’aucuns jugeront très anxiogène, mais tellement lucide. J’aime son sens de la formule, sur le ton de la confidence : « La vie est l’exception, l’homme est la conscience de la nature, à quoi bon en être l’ennemi ? » La force du film tient aussi dans certaines images choc – ces Namibiennes en tenue traditionnelle dans les rayons d’un hypermarché, la file d’attente à Tokyo pour la sortie mondiale du iPhone, ces chiens ridicules dans un bar à oxygène… – et dans une bande son audacieuse, faite d’archives sonores, de témoignages historiques et de musiques hétéroclites.
Ce n’est pas nouveau, je me sens très proche de M. Hulot. Comme lui, je ne suis pas née écolo ; je le suis devenue. Comme lui, je ne suis pas optimiste, mais je garde un espoir : celui de trouver le sens commun, à défaut de trouver le sens tout court. Comme lui, je n’ai pas de solution, mais des convictions. A nous de revisiter l’imaginaire jusqu’aux frontières de l’utopie. Joli défi.