octobre 2008 - XNoir

Kamtchatka

Non, je n'ai pas éternué, malgré la météo maussade. Non, ce titre n'a rien à voir avec la marque de crabe en boîte. Ce nom, c'est un bout du monde, une péninsule qui inspirerait probablement Kenneth White, ce grand poète "rôdeur des confins". C'est à ce bout du monde que j'ai pensé ce matin en voyant tomber les premiers flocons de neige détrempés, sur fond d'ardoise. Le gris sur fond gris foncé, probablement, à l'image de la couverture du dernier livre de Vincent Munier, jeune photographe naturaliste de 32 ans, éminement talentueux. On lui doit notamment Tancho (éditions Castor et Pollux, 2004), un ouvrage surdimmensionné sur la grue du Japon. Tan-cho : si l'on s'en tenait à la phonétique du nom japonais de ce volatile, on serait bien loin de l'univers de Vincent, vosgien, qui semble ne pouvoir se réchauffer que dans un Frigo ! Après avoir sublimé le blanc dans Blanc nature (éd. Hermé), cet esthète de la poudreuse fait place aux gris et se joue des contrejours mieux que jamais. La silhouette d'un ours dans un brouillard impressionniste, la tête du plantigrade surgissant de l'eau, les flancs veinés de blanc d'un volcan menaçant, un arbre givré sur fond noir, les bois à peine visibles d'un troupeau de rennes en pleine tempête… Vincent Munier est le seul à savoir réaliser de tels clichés, si épurés qu'ils en paraissent presque irréels. Pour ce faire, il lui aura fallu supporter des nuits glaciales à moins 42 °C ! Chapeau bas (de fourrure !) ; il y a peu de livres, vraiment, que je compulse avec autant d'engouement.
Kamtchatka, Vincent Munier, éd. de La Martinière (39 €).

Photo : © Vincent Munier

Dans le brouillard, dans le noir…

Il pleuvait dans l'eau ce soir. Je n'aime prendre la pluie à la piscine, surtout de nuit. Faustine a insisté pour faire des longueurs dans le bassin de 50 mètres, prétextant devoir se débarrasser des calories de la fondue au chocolat du week-end. Mal nous en a pris. Un froid polaire régnait entre les lignes, nimbées d'une brume limite inquiétante. Un brouillard a envahi mes lunettes et j'ai envisagé la possibilité de croiser un manchot avant de me réfugier dans les eaux tropicales du bassin intérieur, malgré tout le respect que j'ai pour les manchots. Faustine, qui s'est visiblement liée d'amitié avec une otarie, m'a rejointe plus tard, la démarche héroïque. Ça m'a rappelé une expérience aussi inutile qu'extrême, dans un fjord norvégien, à la frontière russe. Une baignade en combinaison grand froid, immense, orange et flottante, qui n'aurait pas déplu à Casimir. Dix minutes dans l'eau glacée à papoter avec une banquise en décomposition.
Et il s'est passé un truc étrange alors que je repartais, décidée, en dos crawlé. Les lumières de la piscine se sont éteintes. Après le "blizzard" de l'extérieur, je me suis dit qu'on allait peut-être avoir droit à une aurore boréale. Il n'en fut rien. Des lumières tamisées ont pris le relais des spots habituels. Pour un peu, on se serait cru dans piano bar, en maillot de bain, prêtes à trinquer avec le premier baigneur venu, toutes palmes dehors. Après tout, c'était l'heure de l'apéro. Imaginez, une fantaisie de maître nageur excédé d'être rivé sur son perchoir. Ridicule, comme idée. Puis l'ambiance insouciante et blafarde de la piscine a repris ses droits. Une main de crawleur énergique m'a écrasé la face, me propulsant sous l'eau et, par la même occasion, dans la réalité bleutée. J'ai pris la tasse, pas l'apéro. Tout, enfin, est redevenu normal.

Pschitt, schmutz, bzzz ?


Pour la énième fois, j'ai regardé Playtime, de Jacques Tati. Le moins accessible de ses films, mais le plus abouti à mon goût, que ce soit sur le plan visuel ou sonore. L'envie m'a prise en achetant le Tati Sonorama, double CD qui compile à la fois ses célèbres musiques de film (musette ou jazz endiablé) et les bruitages qui en sont le sel, la marque de fabrique. On pourrait presque dire des personnages à part entière. De temps en temps, je m'amuse à écouter ces sons, tohu-bohu et borborygmes et à visualiser les scènes. L'image me revient généralement dans l'instant : c'est dire la puissance sonore… et comique de ces extraits. Mon préféré : l'annonce incompréhensible du haut-parleur de la gare, au début des Vacances de M. Hulot, qui conduit les voyageurs égarés d'un quai à l'autre. Il y a aussi le bourdonnement de l'abeille qui fait zigzaguer le facteur de Jour de fête. Les sièges qui soupirent, les semelles qui grincent dans Playtime, la roue qui couine dans Trafic, les machines qui ronflent dans l'usine Plastac de Mon oncle. Sans parler de l'invention géniale d'une porte qui claque sans faire le moindre bruit. C'est comme si on débouchait une bouteille de pétillant sans le son. Comme si les bulles perdaient toute effervescence. Comme si la mousse disparaissait sans le moindre souffle.

Photo : Plage de M. Hulot, à Saint-Marc-sur-Mer (Loire-Atlantique).

Quatre-quarts et moto verte

Observez attentivement ce panneau, quitte à réviser votre code de la route (ça ne fait jamais de mal). Vous lisez comme moi : Interdit aux quatre-quarts et aux motos vertes. Premier indice : le quatre-quarts. Cette photo de mon ami Jérôme Galland a-t-elle été prise en Bretagne ? Non, me dit-il : "en Vendée". On mettra ça sur le compte de la mondialisation. Le quatre-quarts sévit désormais chez les Chouans, jusqu'ici défenseurs incontestés du préfou, et la mojette détrônera bientôt le coco de Paimpol, j'en ai peur. Quant aux motos vertes, elles n'ont qu'à passer leur chemin creux. Vous avez une Honda Varadero rouge ? Pas de souci, circulez ! Le risque, en moto, c'est de faire fuir les champignons, déjà un poil farouches en cet automne peu arrosé. A cet égard, le Guide vert (lui aussi) des Champignons de France vient d'être réédité chez Solar. Ça ne suffira pas à faire de vous un mycologue averti, mais c'est un début pour fouiner dans les fougères en quête d'un bolet ou d'une chanterelle. Même quand on rentre bredouille, aller aux champignons, c'est toujours un bonheur si on ne fait pas l'objet d'une balle perdue ! A défaut d'y aller (en ville, il n'y guère que l'agaric des trottoirs, cousin du champignon de Paris, qui pousse sur le bitume, quitte à le soulever), j'ai acheté des girolles au marché. Pour accompagner une noix de veau qui cuira à feu doux dans une cocotte en fonte. Comme les champignons eux-mêmes, ce genre de plat doit être bien arrosé. Les incontournables bulles poivrées du X Noir en apéro, puis un bourgueil 2006 de la gamme Tastevins. A moins qu'un saumur-champigny… Champignons, champigny… à vous de trouver la suite de cette comptine automnale.

Une licence 4 au cinéma ?

Aller voir le dernier Woody Allen, c’est un peu comme revoir un vieux copain. Comme si on s’était vu la veille et qu’on avait toujours le même plaisir à se retrouver, toujours autant de bagou. Bien sûr, il y a toujours le risque d’être déçu, que la magie n’opère plus. Mais ce n’est pas le cas dans ''Vicky Cristina Barcelona'', le dernier film du grand et prolifique cinéaste new-yorkais, plus européen que jamais. J’étais curieuse de voir comment Woody Allen filmerait Barcelone. Dès le début du film, il ne craint pas les plans « carte postale » et c’est surtout l’architecture excentrique de Gaudi qui semble l’inspirer : la Sagrada Familia, le park Güell, la Pedrera. On boit beaucoup de vin dans ce sulfureux marivaudage catalan. Ce n’est d’ailleurs pas sans conséquence sur le destin des deux (belles) héroïnes du film : Vicky, la brune (Rebecca Hall), Cristina, la blonde (Scarlett Johansson), que tout oppose. Beaucoup d’ivresse donc, dans cet excellent cru cinématographique. Il y a des films qu’on aimerait voir en salle avec un bon verre de vin ; un verre de rioja en l'occurence. Une licence 4 à réformer ?

Photos : La Sagrada Familia, oeuvre inachevée de Gaudi. Casa Milà, “La Pedrera” (1906-1912).

Un jardin de coussins

Le Périgord a ses rondeurs. Rondeur du cingle de Trémolat, un cercle d'eau presque parfait formé par une Dordogne très inspirée. Rondeur imparfaite de la truffe, qu'une truffe de chien bien éduquée débusque sous terre à la moindre injonction. Comment un champignon aussi vilain peut-il être aussi divin ? Le trufficulteur chez qui nous avons fait étape l'accommode de l'apéritif au dessert : en beurre truffé, en crême brûlée au foie gras, en brouillade, en glace… Contrairement à la truffe noir du Périgord, la truffe d'été a un petit goût de noisette qui se prête fort bien à cette fantaisie culinaire. Le tout arrosé d'un bergerac.
Les rondeurs des collines, elles, ont de sérieuses concurrentes : celles des buis moutonnants des Jardins suspendus de Marqueyssac, d'une beauté sidérante. On se changerait bien en pierre pour se figer éternellement dans ce décor végétal harmonieux, subtil camaïeu de verts sempervirents : chênes, romarins, santolines… Des buis moutonnants, disais-je, et centenaires, domptés à la cisaille par moins de dix jardiniers méticuleux. Créé au XIXe siècle sur un promontoire rocheux de plus d'un kilomètre de long, ce parc éminemment romantique en compte 150 000 (autant que de visiteurs à l'année). Depuis le bastion, la vue sur ces coussins végétaux est saisissante. Elle invite le regard à se poser sur les reliefs gironds du paysage, aujourd'hui brouillés par une météo menaçante. Tant et si bien que mon ami photographe et moi avons pris la saucée de l'année. Nous sommes montés fissa dans petite cabane en bois réservée d'ordinaire aux enfants.
Mais il a bien fallu quitter l'abri comme il a fallu quitter l'enfance. Le temps d'arriver dégoulinants dans le salon de thé du château, comme si le chaos de buis singeant cette fois un éboulis rocheux nous y précipitait. Au-dessus de nos têtes, une héroïque toiture de lauzes de 500 tonnes a eu raison des précipitations. Le temps de se réchauffer autour d'un verre de monbazillac, d'une assiette périgourdine et d'une roborative tarte aux noix. Entre deux lampées, un coup d'oeil sur le panorama exceptionnel, aussi détrempé que nos tignasses hirsutes. Seuls les buis gardent leur mise en plis impeccable.

Vue depuis le bastion des Jardins suspendus de Marqueyssac / © Laugery

Une goutte de rosé(e)

Alors, vous avez trouvé ? Pour ceux qui n'auraient pas suivi, je parle des images ci-dessous. Le sol craquelé, c'est le détail de la peau d'un éléphant. Le feu d'artifice rouge et jaune, c'est l'inflorescence d'une plante endémique d'Afrique du Sud, de la famille de l'amaryllis. Je l'ai photographiée dans le jardin d'un joli lodge, qu'elle décore cinq semaines par an avant de s'évanouir sous terre dans la plus grande discrétion. En cadeau, pour ceux qui auraient pris la peine de gamberger, je vous offre un autre feu d'artifice rouge et jaune : une goutte de rosé. Mais sans alcool. Une goutte de rosée gracieusement offerte par mon ami Gilles Martin, as de la macrophotographie s'il en est. Avis aux amateurs, il organise au printemps des stages en Brenne. Allez,j'abandonne pour deux jours la Touraine : je file du côté de Bergerac ramasser des truffes !
Photo : Gilles Martin.

Le quiz du jour

Promis, je vais réduire la voilure sur l'Afrique du Sud. Mais comme j'y ai laissé un peu de moi-même, je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager deux images, volées là-bas. Evidemment, je ne vous dis pas de quoi il s'agit. Pour connaître la réponse, retournez votre ordinateur ! Le gagnant qui dégainera le plus vite boira une coupette !

Moins d'Afrique du Sud, mais plus de Touraine

Beau soleil ce matin. Voilà qui compense le sevrage brutal avec l'Afrique du Sud. Ni phacochère ni babouin dans les rues endormies de Tours. Juste un grand chat assoupi dans un rai de lumière, sur mon canapé. On est vendredi. Cette météo prometteuse donne envie de prévoir des week-ends. Pour ceux qui n'ont pas la chance de vivre en Touraine, l'arrière-saison offre de belles opportunités pour visiter le vignoble et les châteaux du "jardin de la France". L’opération "Plus de Touraine" propose ainsi 1 000 chambres à moins 50 % à réserver le week-end, du 7 novembre au 14 décembre. A l'approche des fêtes, ce sera l'occasion de découvrir les produits orginaux de la région : la truffe noire, dont la récolte est une tradition de longue date du côté de Richelieu, la poire tapée, qui s'avère succulente réhydratée dans du vin : vouvray pour le foie gras ou les volailles, chinon pour les viandes rouges, ou pétillant pour les desserts. Pourquoi ne pas tenter avec du X Noir ?

Photo : La place Châteauneuf, à Tours, à deux pas de chez moi.

La prière du phacochère

Journée aussi riche qu’inhabituelle à Moholoholo Forest Camp. Initiation au métier de ranger. J’ai conduit un Land Cruiser sur un terrain accidenté, tiré à plusieurs reprises au fusil sur des prédateurs fictifs qui fonçaient sur moi (genre, un léopard lancé à 85 km/h). Pas réussi à sauver mon groupe : j’ai touché l’oreille ! En même temps, c’est un début, et je n’ai aucune envie d’abattre un léopard. J’ai ensuite appris à reconnaître un certain nombre de traces sur le sol sableux : zèbre, nyala (une antilope), girafe, rhinocéros… Dans un affût au bord d’un étang, en fin de soirée, l’hippopotame et son petit ont fait des bulles. De grosses bulles. En parlant de bulles, je m’apprête à faire honneur au braaï, ce barbecue typiquement afrikaner que j’arroserai d’une bière sud-africaine pour me désaltérer, avant de goûter un nouveau rouge. Aussi rouge que les ailes du touraco qui s’est envolé sous mon nez.

Vol au-dessus d’un troupeau de gnous

5 heures du mat : pas de frissons ! L’air est déjà doux et le jour se lève d’un seul coup, sans crier gare. Trois ballons s’époumonent sur un ciel empourpré, qui vire rapidement au bleu. La montgolfière, c’est déjà magique en soi, alors au-dessus de la savane sud-africaine… Les girafes, vues du ciel, font un peu moins les fières. Une heure durant, les impalas détalent (ils nous prennent pour des oiseaux de proie). Les buffles et les gnous, eux, sont plus débonnaires. On redoute un peu l’atterrissage : ferons-nous l’ordinaire d’une lionne en goguette ? Il n’en est rien. La nacelle se pose avec une extrême douceur et un verre de pétillant nous attend. 6 h 30 : est-ce bien raisonnable, même si le soleil cogne comme en pleine après-midi. Un coup d’œil sur la bouteille : comme Jean-Baptiste Ackerman, qui fut le premier en 1811 à élaborer des fines bulles à Saumur (et le seul pendant quarante ans dans le Val de Loire), le producteur est le premier à avoir introduit la méthode traditionnelle en Afrique du Sud. C’est un brut sec très respectable à base de sauvignon blanc, alors que L'Origine est à 100 % à base de chenin, cépage emblématique de la Loire. Comme quoi, même dans une brousse aride, tout s’arrose !Quant au cépage du rouge sud-africain que j'apprécie bien, il s'agit du pinotage, un croisement de pinot noir et de cinsault.

Amarula et Richelieu

Le monde est petit. Je ne vous apprends rien. Il y a dix ans, il m’est arrivé de croiser un copain dans un camping de Kangaroo Island, au large de l’Australie. Hier, dans l’incroyable fourbi d’une guérisseuse de Lulekani, une communauté du nord-est de l’Afrique du Sud, mon regard s’est attardé sur une bouteille de Richelieu. Rien à voir, a priori, avec la bourgade tourangelle taillée au cordeau. Que pouvait bien faire là un alcool à l’effigie de notre vénérable cardinal ? Quel remède-miracle cette bouteille pouvait-elle abriter ? Le soir même, sur le bateau qui nous promenait parmi les hippopotames, on pouvait boire du Richelieu. C’est en fait un brandy sud-africain. Mais l’incontournable spécialité parmi les spiritueux locaux, c’est l’amarula, une liqueur issue du fruit éponyme, sorte de grosse prune jaune très appréciée des éléphants. Dans la région du célèbre parc Kruger (une réserve de faune grande comme les Pays-Bas !), où j'ai observé en deux jours quatre des Big Five (éléphant, lion, rhinocéros, buffle), ces arbres dominent le bush, actuellement très sec. Mais revenons à nos boissons : l'amarula, ça rassemble à du Bailey’s, et c’est exporté dans 70 pays.

Généalogie œnologique

Imprononçable, ce titre. On dirait un exercice d’orthophoniste. Si j’avais choisi une option plus académique, j’aurais titré « L’Anjou, son vignoble et ses familles ». Plus informatif, moins incitatif, dit-on dans le jargon des journalistes. Bref. C’est passionnant la généalogie. On exhume parfois des choses troublantes en fouillant dans le loin passé familial. En interrogeant feu ma grand-tante de 98 ans, j’ai ainsi découvert que mon arrière-grand-père maternel était cocher en Corrèze. Cocher, et analphabète, marié à une servante. Vous vous rendez compte ? C’est tout de suite Zola. Dans l’autre branche, mes arrière-grands-parents étaient fermiers en Loire-Atlantique et possédaient quelques arpents de vigne. L’été, nous occupons encore leur maison basse à volets bleus, dans le Pays de Retz. Quant à mes grands-pères, que je n’ai pas connus, ils étaient tous les deux cheminots. J’ai du mal à penser que mon amour du train, comme du vin, ne soit pas transgénérationnel ! Pour la 8e édition des Journées généalogiques, l’Association pour le Dictionnaire des familles de l’Anjou se réunira dans une semaine avec près de 60 associations et artisans d’art dans les grandioses caves de tuffeau d’Ackerman – Rémy Pannier. L’opportunité également d’évoquer les origines belges de la famille Ackerman, et notamment de Jean-Baptiste Ackerman, pionnier des vins à fines bulles dans le Val de Loire.

Les Journées généalogiques , les 18 et 19 octobre.

Biltong, jacarandas et rooibos

Soweto, 9/10/2008
La première « chose » que j’ai remarquée en sortant de l’Airbus, ce sont les hirondelles. Déjà un vrai dépaysement en soi, en plein mois d’octobre. Quand je foule le sol d’un pays inconnu, je suis toujours attentive à la première bouffée d’air que je respire en sortant de l’aéroport (je ne compte pas la toute première, en général du kérosène). Puis il y a les cris d’oiseaux inconnus de mes tympans aux aguets. Et les jacarandas en fleurs, explosion de mauve sur fond de ciel bleu pur.
Je suis entre l’équateur et l’Antarctique et c’est le printemps à Joburg, petit nom de Johannesburg, la plus grande ville d’Afrique du Sud. Etrange et fascinant pays dont l’histoire interroge. Onze langues officielles sur un territoire qui fait deux fois la France. Des contrastes saisissants entre les buildings de New Town, les villas chics en carton-pâte, effrontément surprotégées de barbelés, et les modestes demeures entassées à l’infini de Soweto (South Western Township). Ce midi, j’ai déjà bu un bon vin : un rouge de Stellenbosch (domaine Villiera, 2005), élevé dans la région viticole du Cap, au climat méditerranéen. Dans une station-service, j’ai découvert les biltongs, incontournables snacks de viande séchée (bœuf, autruche…). Dans l’après-midi, j’ai bu une boisson locale bien fraîche au gingembre, pour me requinquer… En cette fin de journée, je n’ échapperai pas au rooibos, ce fameux thé rouge qui n’en est pas un, donc sans théine et paré de mille vertus. De quoi faire infuser ces premières émotions.

Le pineau d’Aunis sous de bons auspices

Non content d’être rare, le pineau d’Aunis est un cépage capricieux. Ses belles grappes – en moyenne sept par cep –, présentent au moment des vendanges une partie mûre, l’autre moins. Il faut donc la jouer fine pour cueillir à temps !
La forte gelée d’avril dernier a quelque peu affaibli les rendements, mais augmenté la qualité du raisin. « Quinze jours avant la vendange, nous le goûtons régulièrement. Dès qu’on débusque le caractère poivré propre à ce cépage, on vendange », résume Vincent Hudon, responsable des vignobles et technicien en viticulture-œnologie chez Ackerman-Rémy Pannier. Par rapport à l’an passé, ce millésime se révélerait selon lui plus épicé.
Nouveauté pour cet X Noir en gestation, l’élevage en jus durera quelques mois de plus dans les cuves du vendangeoir, pour mieux préserver le caractère « poivre et gingembre » de ce cépage qui faillit disparaître, faute d’être bien valorisé. Utilisé notamment pour les appellations Rosé d’Anjou et Crémant de Loire, le pineau d’Aunis a trouvé avec X Noir une bouteille à son pied ! Un produit à la hauteur de sa singularité. Les vignobles dont il est issu se situent pour l’essentiel autour de Vendôme et, dans une moindre mesure, en Anjou. Soit 450 hectares en tout dans le Val de Loire.
Pendant que le jus patiente dans ses cuves, les vendanges de Rosé et de Cabernet d’Anjou, moins précoces, touchent quant à elles à leur fin. Vivement l’été !

La tournée des bédégars



C’est lundi. Ne vous en déplaise, contrairement à vos collègues, je ne vais pas vous raconter mon week-end devant la machine à café. Rien à raconter, faut dire (je vous ai déjà parlé de Calder). Juste un truc. C’est l’automne, tout ça, et l’on se balade volontiers par monts et par vignes. Forcément, vous avez dû croiser un bédégar sur le bord des chemins. Rien à voir avec le chanteur jovial à la bouille ronde (encore que, il se promène peut-être aussi à la campagne le dimanche). Non, les bédégars, ce sont ces boules rougeâtres hirsutes qui confondent les églantiers avec des sapins de Noël. On les remarque plus facilement quand les feuilles ne résistent plus au moindre coup de vent. Et des coups de vent, hier, il y en a eu. Vous êtes vous jamais demandé ce qui pouvait se cacher derrière cette excroissance végétale excentrique et chevelue ? Eh bien, ne vous en déplaise (ça fait deux fois), c’est une galle. Laquelle galle cache de minuscules larves d’insectes, les cynips, bien à l’abri dans leur capsule rubiconde et décoiffée. Et pourquoi bédégar, me direz-vous ? Ce mot serait issu de deux mots persans signifiant rose et vent. Réduit en miettes, le bédégar aurait été utilisé jadis comme tabac à pipe ! Sortez vos briquets. Vous allez épater la galerie devant la machine à café.

Prendre l’air avec Calder

Après avoir traversé héroïquement la marée humaine de la rue Nationale (j’avais à peine pied), je dévore trois spéculoos de chez Vermeiren avec un Casablanca, mon thé préféré de chez Mariages Frères. Ces deux-là semblent avoir été conçus pour s’entendre. Manger des spéculoos, est-ce bien raisonnable en plein krach boursier ? Surtout à 18 heures… Qu’importe. J’ai pris l’air avec Calder, et ça m’a mise en appétit. Il y avait du monde au château de Tours, quinze jours avant la fin de cette grande exposition consacrée aux liens que l’artiste entretenait avec la Touraine. Un public familial. J’ai même une anecdote croustillante. Un petit garçon, émerveillé comme moi devant une installation réalisée par Zilvinas Kempinas, en résidence à l’Atelier Calder – en l’occurrence, une immense boucle de bande magnétique ondulant dans l’espace à la faveur d’un ventilateur –, s’est laissé enlacer par cet espiègle lasso. Au grand dam d’un surveillant, qui a dû dénouer l’ensemble méticuleusement sous le regard mi-consterné, mi-amusé, des parents. Cela aurait probablement amusé Calder, dont les œuvres, d’une apparente simplicité, ont de quoi séduire les bambins. Des gouaches sur papier, « fabuleux copeaux de couleurs », des mobiles et stabiles de toutes tailles, pied de nez à la pesanteur, un oiseau fait de boîtes de conserve…
Calder, le sourcil broussailleux, « ciseleur du fer » et « horloger du vent » selon Prévert. Il y a aussi beaucoup de photos dans cette expo. Calder dans les vignes, Calder offrant un verre de vin à Max Ernst, rien que ça ! Il y a aussi quelques photos de mon ami Gilles Martin, qui aimait traîner autour de son atelier, à Saché. Sur la place du village trône toujours le stabile offert par le sculpteur ingénieur, face à l'église. Entre Calder et Balzac, Saché, d’un coup, m’apparaît un peu comme la gare de Perpignan pour Dali. Le centre du monde, c’est une évidence !

Miscellanées du jour


Un gros hérisson possède environ
7 500 piquants*. Un cygne quelque
25 000 plumes. Tout ça, c'est de la kératine. Ça me paraissait important
à signaler. Une autre question me taraude : combien de bulles s'échappent d'un verre de crémant ?

  • Source : Le hérisson d'Europe, Philippe Jourde, éd. Delachaux et Niestlé (octobre 2008).

Des amis comme s’il en pleuvait

Aujourd’hui, Marie et moi sommes devenues amies sur Facebook. Ça nous a bien fait rire parce qu’on n’a pas attendu Facebook pour ça ! C’est même la première personne avec qui j’ai sympathisé en arrivant en Touraine. Mais bon, toujours est-il que Facebook, pas encore omniscient, ignorait encore qu’on était amies et qu'on faisait du Qi Gong ensemble, parfois, le vendredi. Désormais, tout est rentré dans l’ordre sur le « réseau social ». Marrant ce nom, alors qu’il n’y a pas plus virtuel que ces échanges internautiques. Ceci dit, c’est bluffant. En quelque temps, j’ai renoué le contact avec deux anciens chefs, j’ai découvert les trombines des copains de mon neveu, j’ai exhumé de ma mémoire un vieux camarade matheux de première S, qui m’est apparu cravaté parmi les amis inconnus d’une vieille connaissance. Bref, l’effet boule de neige. Je suis sûre que Devos en aurait fait un sketch, s'il sévissait encore parmi nous. Et tout ce petit monde de s’exprimer au fil de la journée… ou de la nuit : « Moi, je mange une part de tarte succulente, et vous ? », « Moi, je m’ennuie à cent sous de l’heure », « Ouh ouh, je suis célibataire ! On m'a plaquée pour une copine. Vous faites quoi, ce soir ? » On peut vite devenir accro. Je ne pensais pas, mais si. Allez, et si on faisait péter une bouteille d’X Noir, tous ensemble, pour fêter le célibat, l'ennui, la vie quoi ?!!!

Les encombrants

De l’art contemporain qui fait rire, c’est suffisamment rare pour être signalé. Je suis tombée sur un court reportage télévisé mettant en scène le "Dîner de Gulliver" au château de Marçay, près de Chinon. J’ai passé une nuit dans ce prestigieux quatre étoiles, au printemps dernier. Y voir une table géante dressée pour six convives, avec des chaises et des couverts agrandis 2,5 fois, n’a pas manqué de me faire sourire. Cette œuvre du plasticien bourguignon Lilian Bourgeat donne lieu cet automne à d'exceptionnels dîners « sur mesure » conçus par les grands chefs de notre région. A partir de mardi, ce sera à l'hôtel-restaurant du château de Beaulieu, à Joué-Lès-Tours. Du 14 au 19 octobre, cette tablée gargantuesque migrera à l'hôtel-restaurant Les Hautes Roches, à Rochecorbon, merveilleux lieu troglodytique où l’on mange divinement bien, au bord de la Loire. Ça tombe bien, on sera en pleine Semaine du goût.
Loin de se cantonner à ce « happening » culinaire, le travail de Lilian Bourgeat fait surtout l’objet d’une exposition au Centre de création contemporaine de Tours, jusqu’au 23 novembre. Ampoule et interrupteurs géants, mètre disproportionné…, ses objets surdimensionnés y brouillent notre perception du quotidien en générant des situations inconvenantes, embarrassantes, drôles et poétiques.
Ces œuvres ludiques savent aussi descendre des cimaises pour partir à la rencontre du public. Vous pouvez ainsi les admirer dans les jardins du château du Rivau (arrosoir et bottes géantes) et à la Galerie contemporaine de Chinon.

Photo : “Dîners de Gulliver”, 2007. Table, chaise et vaisselle : résine, inox, verre et porcelaine. Production Résidence Grand Hôtel / CCC de Tours. © S. Chevillon