septembre 2008 - XNoir

Savoir se perdre

Si la musique de Chet Baker avait une couleur, elle serait en noir & blanc, comme les notes d’une partition qu’il ne savait d’ailleurs pas lire. Cette semaine, le documentaire que Bruce Weber lui consacra, il y a vingt ans, repassait aux Studios, mythique cinéma d’art et d’essai de Tours. Restauré en haute définition, Let’s get lost est un beau film en noir et blanc qui grésille comme un vieux vinyle. Il dépeint sans complaisance la vie du meilleur trompettiste de jazz du XXe siècle, beau comme un dieu grec mâtiné d’un voyou, incroyablement photogénique. Curieusement, ce film ressort en pleine débâcle financière, alors que Chet Baker est né pendant la crise de 1929. Inutile d’être féru de jazz pour apprécier ses mélopées et sa voix veloutée, qui jamais ne parviennent à trahir sa personnalité sulfureuse et junkie. Personnellement, je ne peux écouter Chet Baker que le soir, quand le soleil décline, de préférence à l’heure de l’apéro, un bon verre de pétillant dans la main. Mon disque favori : Chet Baker in Paris (A selection from the legendary Barclay Sessions 1955-1956). Pochette sépia, cette merveilleuse couleur qui n’en est pas vraiment une.

Parlez-moi de la pluie

En ces temps de vendanges, mieux vaut parler de la pluie que de la voir s’abattre sur le raisin. Dans le dernier film d’Agnès Jaoui, la pluie décroche un second rôle discret, mais important, comme tous les seconds rôles, d’ailleurs. Jamel y brille dans une interprétation tout en retenue, Bacri y campe un mythomane attendrissant et Jaoui brise sa carapace à force de côtoyer ce binôme improbable. J’avoue tout de même avoir été un peu déçue. C’est un « Ja-Bac » atypique, moins rythmé, moins drôle, mais toujours féroce et doux-amer. Le scénario fait subtilement évoluer les personnages, débusquant leurs forces et leurs failles. On aurait aimé plus de scènes fortes, comme cette tablée campagnarde déconfite ou ce jeu taquin avec une fourmi laborieuse.

Mais revenons à nos moutons (désopilants dans le film !), c’est-à-dire à nos vendanges. Dimanche, elles se dérouleront comme le veut la tradition dans le petit vignoble du château de Saumur avec moult animations. Dimanche (puis les 5, 12 et 19 octobre), on pourra aussi vendanger en famille dans le clos Linkebeek avec le Musée de la Vigne et du vin d'Anjou, à Saint-Lambert-du-Lattay, au cœur des Coteaux-du-layon. On y dégustera notamment des jus de raisin fraîchement pressés. Moi aussi, je suis un peu pressée… Je file chercher du ciabatta avant de me lancer dans mon osso bucco.

Spa : soins protecteurs de l’âme


24 septembre. Dernier jour à Erbusco. Au petit-déjeuner, mon regard se pose sur un homme attablé qui dévore autant son roman que le contenu de son assiette. Il ignore sa femme superbement. Je pense aussitôt aux photos de Martin Parr figeant ces couples qui s’ennuient au restaurant. Comment peut-on manquer autant de savoir-vivre dans un lieu aussi raffiné ? Mon capuccino avalé, je m’abandonne aux mains expertes d’un masseur virtuose. Je redécouvre avec étonnement l’existence de mon corps, relié par un fil ténu à une tête cabossée par le stress et les aléas du quotidien. J’ai beau me dire que masseur est un métier comme un autre, j’ose à penser qu’il faut une bonne dose d’altruisme pour prendre soin d’un corps inconnu qu’on ne reverra jamais. Etrange sensation sur la peau que ces petites cloches de verre qui semblent aspirer goulûment toutes les toxines de ma pauvre carcasse !
Je me glisse dans l’eau chaude de la piscine du spa. Spa comme soins protecteurs de l’âme. Comme une gamine, je teste tous les boutons sur le bord du bassin : un geyser me chahute les jambes, une gerbe d’eau s’abat sur mes trapèzes, un glouglou taquine mes lombaires. Que de bulles ! Midi approche : mes papilles sont jalouses. Elles attendent leur heure. Ni une, ni deux. Nouvelle infidélité à mes bulles saumuroises. Je goûte un crémant délicat de la Franciacorta dans le restaurant de Gvaltiero Marchesi. Deux macarons au Michelin. Au cours du déjeuner, fameux, un rideau s’ouvre sur les cuisines où s’affaire une brigade de toques blanches. Batterie de casseroles en cuivre, piano…, un vocabulaire musical pour une symphonie gustative.

L'ivresse de l'altitude

23 septembre. Par simple curiosité, j’ouvre l’ouvrage 365 jours pour sauver la planète (éd. La Martinière) à la date du jour et je tombe sur « un lave-linge économe en eau ». Etonnant dans la mesure où je me rends justement en Lombardie, au nord de l’Italie, pour découvrir une machine à laver innovante en matière d’économie d’eau et de lessive. Savez-vous que durant sa « vie », un lave-linge consomme l’équivalent de son coût d’achat en eau et en électricité ? Depuis mon somptueux manoir du XIXe siècle, je découvre aussi les collines tapissées de vignes de la Franciacorta, région célèbre pour ses vins pétillants. Mea culpa, j’ai fait ce midi une infidélité à mes bulles bien aimées en goûtant un brut local fruité et élégant. Impossible de résister avec les antipasti ! Un déjeuner bienvenu après l’ivresse de l’altitude. Dans l’avion surchauffé, j’avais peine à croire qu’il faisait – 50 °C à l’extérieur. Grâce à un pilote de ligne bavard, et bien qu’à 10 000 m d’altitude, nous avons pu voir par les hublots surgir le Mont Blanc et le Cervin d’une mer de nuages aussi cotonneuse que nos cerveaux réveillés trop tôt !

Bain de foule ou bain de soleil ?

A l’heure qu’il est, mon chat a choisi pour sa sieste l’unique carré de soleil qui inonde mon parquet de chêne. Je l’envie. Les chats ont cette incroyable capacité à dénicher des lieux propices à la somnolence. A la veille de l’automne, cette météo insolente nous met face à un dilemme : bain de soleil ou bain de foule aux 25e Journées du patrimoine, placées sous le signe de la création. Faut-il poireauter, s’enfermer ou s’alanguir dans la fraîcheur d’un jardin.
Je survole le programme. Quitte à s’enfermer, je choisirais bien les mines de fer de Nyoiseau, dans le Haut-Anjou segréen. Pour l’occasion, le cadre architectural minier du XXe siècle rencontre l’art contemporain. La visite de la Mine bleue, qui elle, est une mine d’ardoise, m’a fascinée. Tout autant que le jargon des mineurs, des fendeurs… Casque vissé sur la tête, nous étions descendus à 126 m sous terre à bord d’un funiculaire dernier cri. Un petit train venu des mines du Nord nous avait entraînés à 3 km / h jusqu’à la chambre d’extraction n° 4, réouverte au public il y a peu de temps (ce week-end, on peut profiter d’un tarif réduit).
Aujourd’hui encore, soixante mineurs exploitent les veines schisteuses de Trélazé, près d’Angers, avec des technologies modernes. Cette production haut de gamme représente 6 % du marché français de la toiture et coiffe nombre de monuments prestigieux. Pensez donc : sur une tonne d’ardoise sortie de terre, seulement 50 kg deviendront des ardoises !

Bernache, pirates et tabloïd

En faisant mes courses ce matin, je note deux événements marquants pour les Ligériens.
1 / La bernache est arrivée. Pas l’oie sauvage, le jus de raisin au début de sa fermentation. Les intestins n’ont qu’à bien se tenir.
2 / La Nouvelle République (la nounou, pour reprendre son sobriquet local) arbore un nouveau format : le tabloïd. Une petite révolution signalée jusque dans le JT. Lequel a omis une information d’importance : la piraterie sévit bien au-delà des côtes somaliennes, jusqu’en Touraine. Samedi dernier, huit pirates ont descendu une partie de la Vienne en tonneaux, jusqu’à Candes-Saint-Martin, à la confluence de la Loire. Une veine : ils n’ont pas passé la frontière de Montsoreau. Les Angevins l’ont échappé belle.

Hippomobile, papamobile… vive les transports alternatifs !

C’est aujourd’hui que commence la Semaine européenne de la mobilité. L’ex-journée sans voiture s’est rallongée depuis quelques temps et s’est élargie à tous les transports doux. « La meilleure énergie, c’est la vôtre », dit le slogan cette année. Moi, je réponds, ça dépend des jours. Pourtant, je suis à fond pour les transports alternatifs. Outre le fait qu’ils sont moins polluants, moins bruyants, je trouve qu’ils changent notre regard sur les gens qui les empruntent. Un cadre sur une trottinette électrique, par exemple, même avec une cravate, ça n’est plus tout à fait un cadre, mais ça reste dynamique. Un pape dans une papamobile, mauvais exemple, ça reste un pape. Un policier juché sur un canasson, comme on en voit à Tours, quelle allure ! En vélo ? C’est rigolo. On ne l’imagine pas capable de verbaliser. Une aubergine à pied, mauvais exemple, ça reste une aubergine. Le 1er avril dernier, à Havøysund, petit village de pêcheurs norvégien, j’ai vu un vieil homme passer devant mon bateau en luge-patinette, moyen de transport commun dans ces contrées enneigées. Ça n’est pas une blague ! A Saumur, ville du Cadre Noir (et pas à trottinette), on pourrait imaginer les habitants en transport hippomobile, qui en calèche, qui en amazone… Pour ceux qui y prendraient goût et souhaiteraient se perfectionner, la Grande semaine de Saumur démarrera trois jours après la fin de la Semaine européenne de la mobilité, avec des concours de dressage, d’attelage… Et si vous ne tenez pas jusque-là, une présentation publique aura lieu jeudi prochain dans le grand manège. Dressage à l’obstacle, aux longues rênes…, de quoi réveiller l’écuyer qui sommeille profondément en chacun de nous.

Figure imposée pour pique-nique imposable


C'est dingue ! J'ai entendu ce matin sur France-Inter que le gouvernement envisageait un impôt sur le pique-nique. Enfin plus précisément sur la vaisselle jetable utilisée pour les pique-niques. Je n’avais peut-être pas les oreilles en face des trous, mais je ne crois pas avoir rêvé. Nous v’là bien. Après l’ISF, l’ISPN ! Raison invoquée : privilégier la vaisselle durable. Ce qui est tout à fait louable en soi. De là à légiférer… Depuis quelque temps, les assiettes en palmier, les gobelets en amidon végétal et autres couverts en bois détrônent timidement le plastique. Cette vaisselle biodégradable sera-t-elle concernée par la taxe ? Remarquez, facile de faire sans. Cette photo en témoigne. Observez attentivement ce pique-nique amical, « durable » avant l’heure. On y voit une prairie entièrement naturelle. Pas de bouteille en plastique, mais des gourdes (les récipients, pas les filles), remplies d’eau du robinet, qui plus est. Du melon, des sandwiches, des Laguiole du coin pour couper le fromage du coin. Pas même un brin d’alu. Ouf, pas de redressement fiscal en perspective. Quant au saumur-champigny (un Secret des Vignes 2003), il est planqué dans l’isotherme. Manquerait plus qu’on se fasse épingler pour pique-nique en état d’ébriété !

Voyages immobiles

On a tous nos manies. Moi, j’aime bien feuilleter les catalogues. A chaque rentrée, depuis que je bois du vin (c'est-à-dire depuis bientôt une vingtaine d'années…), je guette fébrilement ceux des Foires aux vins. C’est la seule tolérance de ma boîte à lettres, qui repousse habituellement toute forme de prospectus publicitaire. Et je lui en sais gré. Avec la complicité de ma boîte à lettres, donc, je me glisse sous la couette, calée contre deux oreillers (minimum). Et je feuillette. Méthodiquement, dans l’ordre. Que des bouteilles : droites comme des i pour la plupart, allongées pour les plus chanceuses. Mes yeux, au départ, s’affolent, puis repèrent. Les noms rigolos : pacherenc du vic-bihl, pécharmant, passetougrain… Les inconnus : chambolle musigny, cabardès, pouilly-loché, côtes de francs, auxey-duresses… Les inaccessibles : un château d’Iquem par-ci, un pauillac à l’étiquette célèbre par-là. C’est à ce moment que les souvenirs interviennent. 1999, Master Class de Bordeaux : j’avais goûté un "vieux" Mouton Rothschild, justement, un Haut Brion mémorable, un Château Latour, dont j’ai oublié les millésimes. Mais j'ai gardé les bouchons comme des prises de guerre. Bref, une dizaine dans ce goût-là. Une ivresse haut de gamme m’avait ramenée à l’hôtel. Je continue à feuilleter. Tiens, un Haut Marbuzet ? J’en ai souvent bu chez mon frère cadet. Un buzet : Jean m’en apportait souvent à Paris. Un chablis : grande spécialité de mon amie Nathalie. Un Séguret, où nous avons passé nos vacances en pleine canicule. Un saint-pourçain, souvenir de l’Allier. A la page Val de Loire, la mémoire s’affole, jusqu’au bouquet final, les pétillants. Saumur brut Ackerman 1811 ou Grande Réserve, vouvray brut ou demi-sec. Me voilà en terrain connu. La nuit ayant porté conseil, c'est aussi son rôle, il faut ensuite y aller, sur le terrain, Caddy bien en main, pour exaucer ses vœux. Sans oublier de faire de l’œil au sommelier pour qu’il daigne m’offrir une caisse en bois étampée. Je trouverai toujours quelque chose à y ranger.

Protons, boson, collisions : telle est LA question

Je ne sais pas vous, mais je n’y comprends pas grand-chose à cette histoire d’accélérateur de particules. Apparemment, nous sommes entrés hier dans une nouvelle ère avec l’ouverture du plus grand instrument de recherche jamais construit par l’homme pour titiller les protons à grande vitesse (celle de la lumière ; déjà, là, je décroche !). Une sorte de quête du Graal où le Graal, trop ringard, aurait été supplanté par le boson de Higgs. Kesako ? Rien à voir avec l’animateur bien connu de France Inter… Apparemment, un ministre des Sciences britannique aurait promis il y a quelques années une bouteille de champagne à celui qui expliquerait en une page A4 ce qu’il retourne de cette « particule divine », qui donnerait leur masse aux choses (là, je suis carrément en orbite). Qu’y a-t-il de divin dans la matière, ou plutôt l’antimatière ? Personnellement, découvrir la nature de la matière noire et de l’énergie sombre me donne des frissons. Pourtant, 96 % de notre Univers seraient constitués de ces choses obscures. Soit, je ne veux pas le savoir ! OK, je ne gagnerai pas la bouteille de champagne. Mais je veux bien une bouteille d’X Noir pour traquer le Big Bang au fond de mon verre, tranquille dans mon canapé futon.

L'eXpérience


On est d’abord saisi par la fraîcheur, une température constante toute l’année, puis par l’immensité du lieu, dédale souterrain de tuffeau propice aux scénographies les plus eXtravangantes. Les galeries, qu’elles soient d’art ou de tuffeau, accueillent des œuvres, c’est bien normal. Etrange concordance entre le vocabulaire du vin et de l’art : verre, résine…, Catherine Baas, plasticienne issue de l’école des Beaux-arts de Grenoble, a investi jusqu’à fin septembre les quatre espaces de pierre millénaires des caves d’Ackerman : dès l’entrée, zestes et tuteurs au répertoire chromatique rose et noir, envahis par la vigne ; grains de résine rose éclairés dans la salle monumentale, assombrie ; verres suspendus dans la chapelle, dédiée pour l’occasion à la transparence ; ambiance effervescente dans la grande salle, sous une voûte d’arches en résine. Une eXpérience Onirique et rafraîchissante comme une rasade de pétillant.

Exauce-nous, très sarthois

Paris, 6 septembre

Assise sur un banc, au jardin du Luxembourg, je songe à cette belle BD engloutie dans le TGV, entre Le Mans et Paris. C’est la dernière de Bihel & Makyo, Exauce-nous. Ma mère l’a fait dédicacée hier chez Bulle, une librairie du Vieux Mans, ce qui lui confère une valeur supplémentaire. Plus jeune, j'avais fait dédicacer à Makyo un Grimion Gant de cuir et un Jérôme K. Jérôme Bloche aux 24 heures du livre. Makyo vit dans la Sarthe, et ça se voit. Je suis mancelle et j’ai reconnu les ruelles magiques, parfaitement conservées, de celle qu’on nomme désormais la Cité Plantagenêt (plus chic que le Vieux Mans, probablement). Des petits bouts de la majestueuses cathédrale Saint-Julien, la rédaction de Ouest-France où je fus jadis stagiaire, l’Hôtel de France de La-Chartre-sur-le-Loir, un gros bourg du vignoble. Fait du hasard, les personnages d’Exauce-nous se retrouvent régulièrement dans un bistrot, Le Pineau d’Aunis. Rien d’étonnant à cela quand on est sarthois et amateur de vin. C’est un cépage singulier des coteaux-du-loir, au goût délicieusement poivré. C’est aussi le cépage d’X Noir, d’ailleurs. On raconte qu’il existait déjà à l’époque de Rabelais… J’ai beaucoup d’affection pour le petit vignoble sarthois, 120 hectares à tout casser, mais un grand blanc, le jasnières, cantonné sur deux communes, et de coquettes maisons de vigne. Dans le cadre de "Vignes, vins, randos", il y a un départ de randonnée (8 km) demain, à 9 h, depuis le joli panorama de Lhomme. Mettez le réveil à sonner !

L’été en pente douce

Bon, d’accord, c’est encore un titre de film (il a plus de vingt ans : il y a prescription !). C’est aussi le nom d’un agréable parfum de L’Artisan parfumeur, mon nez préféré, avec Guerlain. L'été en pente douce, parce que ça sent carrément l'automne, aujourd'hui. Les pentes douces, ce sont aussi celles qui ourlent la Loire, celles où s’épanouissent les vignes. Dernière ligne droite avant les vendanges. La météo va être décisive d’ici là… Du soleil, que diable, pour gorger les grains de sucre !
Après le marché des vins de Saumur, aboule les Pataugas : ces pentes douces, vous allez pouvoir les gravir ce week-end à travers la 5e édition de « Vignes, vins et randos ». Un concept qui a ses adeptes. Et pour cause, c’est l’occasion unique de parcourir le vignoble du Val de Loire en compagnie des vignerons, qui ne sont pas avares en pauses gourmandes (5 € par personne / gratuit pour les moins de 12 ans). Il n’y a pas que les yeux qui se régalent !!! Les circuits sont aussi rythmés par des animations musicales, artistiques et ludiques. A l'arrivée, on partage son pique-nique en dégustant les meilleurs vins du coin.
Nouveauté cette année, le Domaine de Chaumont-sur-Loire, célèbre pour son fabuleux Festival des jardins, proposera sur les douze parcours une animation Land Art. Une sorte de cueillette en chemin pour créer une œuvre d’art éphémère à la fin de la rando. Chaque oeuvre sera photographiée et mise en ligne sur les sites du Domaine de Chaumont et d’InterLoire ! Allez, un p’tit effort, réveillez un peu l’artiste qui est en vous… et dominez vos papilles pour ne pas dévaler le coteau ! Ce serait dommage de finir à l’eau…

Bulles bleues, moins de blues

Autant vous dire qu’au réveil, je ne me voyais pas dans l’eau. Faustine non plus, visiblement, qui m’a avoué ne s’immerger dans la moiteur de la piscine que parce que je m’y plongeais aussi. On appellera ça l’effet d’entraînement. Je ne sais pas pourquoi la piscine, qui est pourtant une pause exquise, exige une telle énergie pour qu’on s’y propulse. Le vestiaire, la pièce de 20 centimes pour la consigne, le bonnet qui vous défigure et les lunettes qui, heureusement, vous rendent définitivement anonyme, y sont sûrement pour quelque chose. Bref, cet arsenal oublié, j’aime sentir les bulles glisser le long de mes joues dans une voluptueuse brasse coulée, me retourner et puis compter chaque mouvement de bras tout en suivant le plafond des yeux pour ne pas finir assommée dans le mur, ce qui est forcément ridicule. Des bulles bleues, sans curaçao, ça change des bulles d’X Noir après tout ! Les unes comme les autres, notez bien, chassent le blues. Il y a souvent des scènes de piscine au cinéma, en dehors du film éponyme, bien sûr. Ma préférée, Juliette Binoche, dans Bleu, premier film de ce chef d'oeuvre qu'est la trilogie de Kieslowski. La scène, je crois, a été tournée à la piscine de la rue Pontoise, que j'ai pas mal fréquentée quand je vivais à Paris. Incroyable, ce bassin, avec ses deux balcons de cabines, sa verrière années 30. Il m'est arrivé de m'y baigner le soir. Pas un bain de minuit, mais presque.

Fin août, début septembre

Fin août, début septembre. C’est le titre d’un des premiers films d’Olivier Assayas, sorti il y a neuf ans… en plein hiver. Une histoire d’amour qui s’achève, une autre qui débute, avec Mathieu Amalric, Virginie Ledoyen et l’hypnotisante Jeanne Balibar. Je me souviens avoir aimé ce film tout en étant incapable de vous en restituer le contenu ! Quoi qu’il en soit, en cette fin d’été, il y a plein de films à voir pour oublier que les jours raccourcissent. Du loufoque, avec Back soon, de Solveig Anspach, qui s’était fait remarquer avec Haut les cœurs. Née d’un père américain et d’une mère islandaise, la réalisatrice française nous livre une comédie rocambolesque dans le décor lunaire et somptueux de l’Islande. Première image : ces champs de lave incroyables que l’on survole avant d’atterrir à Reykjavik. Je me souviens du trajet de l’aéroport jusqu’au centre ville, où pas un arbre n’est visible pendant des kilomètres. Bref, pour le plaisir d’entendre résonner les noms islandais comme dans un polar d’Arnaldur Indridason, pour les personnages déjantés, l’énergie communicative des acteurs, et l'option Blue Lagoon, qu'on ne voit pas ! Très différent, mais tout aussi exotique, Les trois petits cochons, une fable québécoise pleine d’humour sur les chaos de la vie conjugale, qui n’est pas sans évoquer le cultissime Déclin de l’empire américain.

Adieu sternes, martinets, Bison Futé…

1er septembre, Touraine

Les écoliers sont dans les starting-blocks, les cartables gonflés à bloc. Bison Futé va pouvoir hiberner. Les marmottes s’affairent déjà dans leur terrier. Il reste encore quelques hirondelles rustiques çà et là, alors que les martinets ont déserté définitivement la cité. Fini les escadrilles sifflantes au-dessus des Velux. En faisant mon jogging sur l’île Simon, il y a quelques jours, j’ai aperçu avec surprise une dernière sterne pierregarin qui survolait la Loire. « Hirondelle de mer » : c’est le surnom de cet élégant oiseau migrateur, prompt à plonger en piqué sur les petits poissons. Cette année encore, leurs couvées ont été emportées par les crues tardives. La rançon à payer quand on niche effrontément sur les bancs de sable du fleuve royal. Saviez-vous, d’ailleurs, que la température peut y dépasser sans mal 40 °C en plein été ?